A propos du CCIC/Borgou : « Le moment où les acheteurs inconnus, les fraudeurs viennent taquiner nos producteurs tire à sa fin » confie Daouda Saka Méré, Président du creuset.

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Au lendemain de la création du Cadre de Concertation intercommunal du Borgou (CCIC/Borgou), mis en place dans le cadre des activités du Programme Approche Communale pour les Marchés Agricoles (ACMA3), votre Journal, l’hebdomadaire Le Municipal et son web média www.lemondelocal.com ont accordé une interview à Daouda Saka Méré, maire de la commune de N’Dali et Président du Cadre de Concertation intercommunal du Borgou (CCIC/Borgou). Qu’apporte le CCIC/Borgou aux acteurs du monde agricole, aux communes du Borgou et aux populations en générale ? Quel est l’enjeu, les tenants et aboutissants de cette initiative ? Le président fraichement élu rassuré et ému déballe tout sur le CCIC/Borgou.

Pourquoi la mise en place de ce creuset ?

Je crois qu’il y a eu la phase I et la phase II exécutées dans certains départements du pays à savoir l’Ouémé et les Collines. Au bilan des deux phases, devant mon petit écran, j’ai vu toutes les grandes réalisations effectuées par le Programme au niveau de ces départements. Personnellement, je me suis posé la question de savoir ce que notre département a fait de mal pour ne pas, à son tour, en bénéficier. Comme un souhait miraculeusement exhaussé, vers la fin de l’année 2023, on nous a annoncé que la phase III couvre les huit (8) communes du département du Borgou.  C’est une grande fierté.

Alors pour revenir à votre question, le CCIC/Borgou est un creuset de réflexion, de dialogue et de propositions alternatives aux difficultés rencontrées par les acteurs agricoles. On entend par acteurs agricoles, les éleveurs, les agriculteurs, les commerçants, les intermédiaires, les fournisseurs de biens et services, les petites et moyennes entreprises et autres, chacun dans l’exercice de leur activité.

Que gagnent concrètement les communes et les producteurs ?

Les premiers bénéficiaires, ce sont les populations et qui dit populations dit communes. Donc ce sont des réalisations d’infrastructures sociocommunautaires, les magasins, les marchés agricoles, les barrages qui seront construits par le programme au profit des communes. Donc c’est une grosse opportunité pour les communes quand on sait qu’avec la décentralisation, le développement est à la base. C’est sur la base de nos ressources propres que beaucoup de réalisations pourront se faire. Donc nous avons intérêt à ce que ce programme là nous accompagne afin de développer au niveau du département des activités génératrices de revenus. Quand on parle d’activités génératrices de revenus, il s’agit de personnes qui produisent la matière première et de ceux qui la transforment. Ainsi fait, la sortie de ces produits là génère des revenus à travers les différentes taxes que les acteurs doivent payer à la commune.

Cela reste une perspective intéressante mais quelles dispositions prenez-vous pour mettre tout ça en musique ?

Nous n’avons aucun intérêt à ce que, ce qui est produit dans nos communes sorte de façon brute. Leur transformation va générer de l’emploi pour les jeunes au sein de la population puis les produits finis vont être exportés vers l’extérieur pour que les acteurs puissent vraiment en bénéficier et que la commune devienne un label. Jusque-là, c’est faute de moyens que nous vendons nos produits de façon brute. De toutes les façons, les réflexions sont déjà en cours. C’est un creuset naissant et je crois que c’est en marchant que se fera le chemin. Une chose est sûre, les objectifs sont très claires : améliorer le climat des affaires au niveau communal et intercommunal ; faciliter les contraintes liées au commerce c’est-à-dire amoindrir les difficultés aux acteurs ; valider les projets d’infrastructures et d’équipements marchands. Donc l’idée est d’abord de faire connaitre ces produits là aux populations, les valoriser localement pour que sur toute l’étendue du territoire, n’importe qui puisse s’en procurer.  Nous allons donc casser toutes les barrières que rencontrent les acteurs du secteur, identifier les ressources et  les marchés pour les produits finis et œuvrer pour un environnement politique sain au niveau des agriculteurs. C’est essentiellement le rôle que nous avons à jouer dans le cadre de concertation intercommunal du Borgou. Nous allons travailler en tandem pour que les objectifs soient atteints.

Dans un système libéral où le producteur vend à qui il veut dans les pays voisins notamment le Nigéria qui se procure certains produits comme l’igname, le soja, le maïs etc… Comment comptez faire face à cette réalité ?

Je vous disais précédemment que le premier but visé est l’amélioration du climat des affaires au niveau communal et intercommunal et faciliter les échanges. En travaillant au niveau de notre cadre de concertation, nous devons chercher des débouchées, des fournisseurs à qui ces produits finis là puissent être vendus de manière légale. Notre ambition est qu’au niveau de la sous région, nous ayons des clients qui vont venir dans les différentes communes du Borgou pour se procurer divers produits à des prix qui puissent bénéficier à toute la chaine de production.

On connait notre Etat particulièrement vorace. Il se jette dans les secteurs porteurs au détriment des communes qui ne voient pas les opportunités sous leur nez. On ne va pas évoquer la question du soja mais comment protéger les producteurs et les communes mêmes de cette ‘’intrusion’’ de l’Etat ?

C’est aussi cela le rôle de notre creuset. A cet effet, en collaboration avec la Direction département de l’industrie et du commerce, le ministère de l’industrie et du commerce, la Chambre d’industrie et de commerce, le ministère de l’agriculture, nous allons travailler en symbiose pour que les intérêts des producteurs, des populations et des communes soient préservés ; que chacun dans le secteur puisse jouir des fruits de son labeur. Le moment où les acheteurs inconnus, les fraudeurs viennent taquiner nos producteurs tire à sa fin.

Quel est votre message à l’endroit des producteurs ?

C’est de les féliciter d’abord et les rassurer qu’ils doivent bénéficier du fruit de leur labeur. On doit se concerter. Il y a des producteurs qui, par rapport à ce que nous voulons faire, ils vont trouver qu’on les retarde en leur demandant de garder les produits le temps que les fournisseurs viennent. Je crois que nous allons jouer un grand rôle d’intermédiation avec les institutions de micro finances parce que c’est justement les échéances au niveau des micro finances qui leur mettent la pression et ils bradent les produits. Tous nous allons travailler ensemble pour que la cohésion prévale entre les communes, le programme ACMA3 et les producteurs.

Vous savez, le  programme a plusieurs volets. C’est le volet agricole que nous abordons. Les autres volets sont déjà abordés pour faciliter le processus du début jusqu’à la fin et garantir aux producteurs, l’accès aux crédits, aux intrants, aux fournisseurs et aussi aux clients. Il y a d’autres volets du programme qui en parlent et je réaffirme que ce projet est vraiment une aubaine du moment où la chaine de production et de transformation est garantie jusqu’à la fin. Avec les différentes institutions de micro finances, nous allons nouer un partenariat et mettre en place un cadre de discussions apaisé avec les producteurs.

Votre mot de fin

C’est d’abord de remercier l’Adecob, notre faitière, ACMA notre partenaire qui a accepté de venir appuyer les producteurs du Borgou. J’ai une exhortation : demander aux populations du Borgou, aux acteurs du monde agricole qu’on accompagne le programme afin que l’objectif soit atteint car c’est de la réussite de cette phase qu’une autre phase pourra naitre voire étendue à d’autres départements.  A l’endroit de la jeunesse, je crois que c’est une aubaine pour les jeunes et les femmes. Nous savons aujourd’hui que l’entreprenariat a pris le dessus sur tout le reste. C’est une opportunité qu’ils doivent saisir. A ce titre, nous avons des animateurs, des facilitateurs dans chacune de nos communes. Que les jeunes et les femmes se rapprochent d’eux pour poser leur préoccupations afin qu’ils soient accompagnés dans leur réalisation. Nous devons donc inciter la jeunesse à entreprendre. Il y a plusieurs opportunités que chacun peut explorer selon ses choix et le programme est déjà disponible à les accompagner.

Réalisée par Irédé David R. KABA

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