Outil de valorisation des potentialités locales pour la promotion de l’économie des communes : Le cas du Programme de Développement des Infrastructures Economiques et Marchandes

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Financé par la coopération suisse pour plus de cinq milliards sur quatre ans et mise en œuvre par la SNV Bénin, le PDIEM 2 est un programme important de promotion de l’économie locale dans les dix communes partenaires que sont Banikoara, Sinendé, Gogounou, Malanville, Tchaourou, Kalalé, Ouassa-Péhunco, Bohicon, Glazoué et Nikki. Mais au-delà de la promotion  de l’économie locale, le PDIEM promeut la valorisation des matériaux et des potentialités locales. La gestion efficace et efficiente des infrastructures, la promotion des micros et petites entreprises de même que l’implication des femmes et des jeunes dans les métiers de construction, renforcent la capacité des collectivités locales et améliorent les conditions de vie des populations béninoises.

 

En 2015, après plus d’une décennie de mise en œuvre de la décentralisation au Bénin, le Forum bilan, dans son Rapport Général, a fait le constat que la démocratie locale est en marche mais le bonheur local peine à couronner les divers efforts consentis par l’Etat, les Partenaires Techniques et Financiers et les communes pour relever le niveau de vie des populations. L’Etat, les partenaires techniques et financiers et la société civile ont  focalisé leurs appuis sur la promotion de la bonne gouvernance et de la démocratie locale. Malgré ces divers appuis, le développement à la base, l’un des enjeux de la décentralisation a du mal à se concrétiser. Or le développement économique est primordial pour booster tous les leviers du développement durable des territoires.

Le PDIEM, initié depuis 2013 se révèle être une contribution de la coopération suisse au défi du développement économique durable des communes du Bénin.  Les résultats de ce programme en l’intervalle de quelques années comblent déjà les attentes. Selon le maire de Nikki, Oumarou LAFIA, « …même si légitimement, l’Etat doit transférer des ressources aux communes, il est important pour chaque commune d’améliorer son autonomie financière à travers la promotion de l’économie locale. C’est ce que le PDIEM nous aide à accomplir…».

 

Les activités du PDIEM

 

Le PDIEM réalise des infrastructures économiques marchandes en matériaux locaux sous la Maîtrise d’Ouvrage Communale. Il assure la rentabilité et la durabilité des ouvrages par des modes adéquats de gestion, facilite la création d’emplois pour les artisans (hommes et femmes) et les Petites et Moyennes Entreprises dans le secteur des matériaux de construction. Le PDIEM contribue aussi à l’accroissement des recettes par la mise en place d’un mécanisme efficace et adapté de mobilisation des ressources propres. Pour la SNV, Organisation Néerlandaise de Développement qui exécute le programme, le défi à relever est de promouvoir un développement économique durable dans les communes du Bénin. L’approche de mise en œuvre  est basée sur la valorisation des matériaux locaux et l’exploitation des potentialités locales en se basant sur la participation active de tous les acteurs et la préservation de l’équilibre environnemental. Toutes ces activités ont permis au PDIEM d’obtenir des résultats assez satisfaisants.

Construction d’infrastructures économiques et marchandes pour dynamiser les marchés et le commerce de produits locaux.

 

Dans sa phase initiale, le PDIEM a construit ou réhabilité six infrastructures économiques et marchandes pour une valeur totale de deux milliards trois cent millions (2 300 000 000) de francs CFA. Mais au-delà de ces équipements construits en matériaux locaux à Malanville, Gogounou, Banikoara, Kalalé, Tchaourou et Sinendé, les actions menées dans le cadre du programme ont impacté l’économie de ces communes à travers les micros et petites entreprises, les groupements de femmes, sans oublier les ressources propres de la commune.Selon des enquêtes de satisfaction faites par le PDIEM en 2018, 71 % des usagers déclarent que la présence des infrastructures a permis d’améliorer leurs revenus. L’activité économique et le commerce des produits locaux se développent dans les communes impactées. Le savoir-faire de l’utilisation des matériaux locaux dans la construction des bâtiments est nettement amélioré dans la zone d’intervention du programme. Plus de 1000 emplois ont été créés dans le cadre de la réalisation des IEM.

Bonne gestion des IEM pour un accroissement des ressources de la commune.

 

Grâce au PDIEM, la gestion et l’entretien des infrastructures et équipements communaux s’affirment de plus en plus dans les politiques de développement local. C’est une dimension importante qui permet d’assurer la durabilité des investissements locaux. Le PDIEM a retenu de façon participative, six (6) modes de gestion qui ont montré leur efficacité. De façon intelligente, les acteurs ont réussi à créer des réserves sur les recettes collectées pour assurer l’entretien et la maintenance des équipements réaliser. Ce fond d’entretien et de maintenance (FEM) a permis aux acteurs de Tchaourou de réaliser certains travaux confortatifs  par rapport à l’eau et à l’électricité afin de faciliter la bonne exploitation des équipements construits par le PDIEM.

Des recettes en nette croissance

 

Au niveau du marché international de Malanville, avant les interventions  du PDIEM, les recettes mensuelles étaient en moyenne de 2,9 millions FCFA. Après l’installation, dans le cadre du programme, de la Régie Autonome de Gestion du Marché International de Malanville  (RAGEMIM), les recettes collectées ont connu un accroissement exponentiel. Actuellement, la moyenne mensuelle se situe autour de 12,8 millions FCFA et les recettes annuelles sont passées de 41 millions à 152 millions après un an d’expérimentation. Cette expérience de gestion des infrastructures marchandes, par une régie dotée d’une autonomie financière a été appropriée par l’Etat béninois et a fait l’objet de l’arrêté interministériel N° 1699 /MDGL /MEF /DC /SGM /DGTCP /DCP /ACCT /SP /179 SGG-19 du 19 juin 2019 portant organisation et fonctionnement des régies autonomes communales chargées de l’exploitation des services publics locaux en République du Bénin. Le but visé, à court et à moyen terme, est d’inciter, à travers cet arrêté interministériel, les communes béninoises, à adopter ce mode de gestion et l’opérationnaliser plus efficacement. A Tchaourou, à Dèrassi (Kalalé) et à Gogounou, la tendance haussière des recettes collectées est maintenue de 2017 à 2019 en dépit des goulots de d’étranglement que rencontrent les nouveaux organes de gestion.

Dynamisation de l’entreprenariat local et valorisation des matériaux locaux. 

Dans le cadre de la dynamisation de l’entreprenariat local, le PDIEM a accordé une attention particulière au renforcement des capacités techniques des artisans dans le domaine de la construction en matériaux locaux. En effet, 700 artisans ont été formés, dont 99 ont réussi à formaliser leurs micros entreprises disposant ainsi de registre de commerce, de numéro IFU, de la déclaration à la CNSS. Sur les 700 artisans formés, la plupart d’entre eux se sont mis en Groupement de Très Petites Entreprises (GTPE) et ont réussi à obtenir des marchés de travaux aussi bien au niveau du PDIEM qu’auprès d’autres clients. Les 17 femmes de l’effectif des 700 artisans ont réussies, elles aussi, à se spécialiser dans le métier de contrôleur de production des Briques en Terre Comprimées (BTC).

L’insertion des femmes dans la filière de construction avec des résultats satisfaisants

 

La prise en compte de l’aspect genre dans la conduite opérationnelle du programme a été un élément primordial de la stratégie de mise en œuvre du PDIEM. Des activités spécifiques orientées sur le renforcement des capacités des femmes entrepreneures dans la production des matériaux locaux ont eu pour effet la professionnalisation de leurs coopératives (avec des cartes de membres et des règles à respecter) et l’amélioration de leur visibilité dans la filière de construction en matériaux locaux. La coopérative et les groupements de femmes ont été reconnus comme membres des collectifs d’artisans et peuvent donc désormais bénéficier de leurs appuis. A cela s’ajoute l’amélioration de la qualité de leurs produits en différenciant les calibres de graviers : gros grains, mélange, petits grains, grains de riz. Ainsi, les femmes ont eu accès à des marchés du PDIEM mais surtout à d’autres marchés en dehors du PDIEM.

Les femmes professionnalisées dans le domaine de l’hygiène et l’assainissement des marchés.

 

Le PDIEM a également développé des activités spécifiques pour le renforcement des capacités des femmes entrepreneures chargées de l’hygiène et de l’assainissement. Cette intervention a facilité l’organisation et la structuration des femmes en Organisation Socio-Professionnelle qui a contribué à leur professionnalisation en les rendant plus performantes sur les plans techniques et organisationnels. Cette  crédibilité leur a permis d’obtenir des contrats de prestation avec d’autres partenaires. Ce gain de reconnaissance et l’augmentation des revenus constituent des résultats tangibles de l’appui du PDIEM. Des contrats ont été entre les groupements des femmes entrepreneures chargées d’hygiène et d’assainissement et les mairies.

Formations des acteurs de la filière de construction, réhabilitation et constructions d’infrastructures au menu du PDIEM 2.

 

Le Programme a prévu des formations, notamment pour  les architectes, les ingénieurs et les techniciens. Lors de la première phase, le PDIEM a eu à renforcer les capacités des acteurs dans les domaines de l’assurance qualité de la production des BTC, la construction avec les BTC, les BMT et le contrôle des travaux. L’évaluation de ces mesures de renforcement de capacités des acteurs a permis de constater que les actions de formation déroulée n’ont pas permis de parvenir à une meilleure appropriation des techniques de construction d’ouvrages en matériaux locaux.  C’est pourquoi il est prévu dans le cadre de la mise en œuvre de la deuxième phase d’étendre la formation des acteurs aux architectes, ingénieurs et techniciens y compris ceux des centres de formations techniques et ceux des mairies et intercommunalités. L’une de ces formations a eu lieu du 15 avril au 24 Mai 2019, à l’Ecole inter-Africaine de formation dans les Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU) à Lomé au Togo. Dans les mois d’août et de septembre 2019, des formations auront lieu pour une vingtaine d’enseignants des lycées techniques et centres de formations techniques (publics et privés), de même que pour dix (10) chefs de services techniques de commune et quatre-vingt-dix (90) artisans. Ce qui ne laisse planer aucun doute sur la qualité des  travaux de construction qui commenceront sur cinq sites dès le dernier trimestre de l’année 2019. Réhabilitation du Marché international de Glazoué avec le Gouvernement et PAURAD, construction du Parc à bus de Bohicon, pavages et ouvrages d’assainissement, construction de magasins, des  Blocs de toilettes et des douches à Malanville, des hangars, des parkings et des bâtiments à Nikki, une boucherie, un poste de police et autres équipements à Péhunco. La liste n’est pas exhaustive.  A cela s’ajoute la consolidation des acquis de la première phase afin d’impacter durablement l’économie de chaque commune partenaire.

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