Réforme structurelle du secteur de la décentralisation : les députés examinent le Code Général de l’Administration Territoriale de 566 articles à partir de ce jour 7 octobre 2021

L'échéance du 1er janvier 2022 sera probablement respectée

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Réforme structurelle du secteur de la décentralisation : les députés examinent le Code Général de l’Administration Territoriale de 566 articles à partir de ce jour 7 octobre 2021

 

Après la présentation du projet de réforme structurelle du secteur de la décentralisation aux maires et aux députés, puis son adoption en conseil des ministres, le Chef de l’Etat, le Président Patrice Talon a demandé son adoption en procédure d’urgence.

Tout se met en place pour que le Code Général de l’Administration Territoriale devienne une loi d’Etat afin que la réforme annoncée entre en vigueur le 1er janvier 2022 comme le souhaite le Chef de l’Etat. A la demande du Président de la République, les parlementaires sont convoqués en session extraordinaire à partir de ce jeudi 7 octobre 2021 pour examiner le projet de loi portant Code de l’Administration Territoriale en République du Bénin et cinq autres projets.

La procédure d’urgence ayant été demandée par le Président de la République, on peut s’attendre à l’adoption de ce document important dans les jours à venir, même si le document comporte 566 articles et organise l’administration territoriale (les préfectures et les collectivités territoriales).

Le Gouvernement a initié une réforme profonde des collectivités territoriales au Bénin basée sur la séparation des fonctions politiques des fonctions exécutives autrefois cumulées par le maire. Un secrétaire exécutif nommé par le maire assurera désormais les fonctions exécutives comprenant l’ordonnancement du budget communal. La réforme est prolongée vers les organes infracommunaux et les intercommunalités. La réforme prévoit également la création d’un nouvel organe de délibération au niveau de la commune et un allégement de la tutelle en retirant au préfet le pouvoir d’annulation des actes des communes.

Si la réforme a été globalement saluée par les acteurs, certaines propositions d’amélioration, notamment de l’ANCB ont été transmises au Gouvernement. Le vote imminent de ce Code permettra de situer les uns et les autres surtout après le passage du test de constitutionnalité.

Quelques pistes d’amélioration

Lorsqu’on aborde la vie des collectivités territoriales, il est de jurisprudence constante que l’autorité locale et son exercice relèvent d’abord des élus dont le maire est le premier d’entre eux. C’est pourquoi, les pouvoirs et l’autonomie de gestion conférés au secrétaire exécutif ne doivent pas dépasser le strict minimum pour éviter leur politisation. La séparation des fonctions politiques d’avec celles techniques, une exigence dictée par les réalités béninoises, ne saurait soustraire le détenteur du pouvoir exécutif communal du contrôle et des instructions du maire et des organes délibérants. De ce point de vue, il importe de plaider auprès des réformateurs pour un assouplissement de l’autonomie accordée au secrétaire exécutif de la commune. La loi peut faire obligation au maire de choisir le secrétaire exécutif sur un fichier national. C’est le rôle de l’Etat et sa contribution, eu égard aux expériences malheureuses connues par les communes du fait des recrutements fantaisistes observés depuis 2003. Si le principe de tirage au sort devait être maintenu, il faudrait alors permettre au maire d’opérer son choix après le tirage au sort de trois noms. Ainsi, à la suite d’un entretien organisé par le Conseil de supervision, le maire pourra prendre la décision de nommer parmi les trois celui sur qui son choix se portera. Le SE une fois nommé, propose à la nomination du maire les directeurs techniques, après tirage au sort dans le fichier national approprié pour ceux qui en relèvent. Il en devrait être de même pour les secrétaires administratifs des arrondissements dont la nomination doit être en dernier ressort faite par le maire.

Aussi, l’exercice du pouvoir règlementaire du maire devrait-t-il également lui conférer l’exclusivité de la signature des permis et autres autorisations que prévoient les lois et règlements dans les domaines de compétence de la commune. L’organisation et les services de gestion de ces permis et autorisations relèvent d’office de l’organe exécutif qu’est le secrétaire exécutif.

En outre, en vertu de l’autonomie locale, le préfet ne peut pas siéger en session conjointe avec le conseil de supervision pour décider de la révocation ou non du secrétaire exécutif. Il sera alors juge et partie étant donné qu’en sa qualité d’autorité de tutelle, il devra vérifier la légalité de cette décision plus tard. Il serait souhaitable que la procédure de révocation du SE initiée par le maire soit exclusivement conduite par les organes de la mairie et soumise au contrôle du préfet.

En l’absence des modalités de fonctionnement du Fonds d’investissement communal, c’est le statut renforcé du secrétaire exécutif qui interpelle dans le projet de réforme du Gouvernement. Il est donc important d’établir une bonne collaboration entre le maire et le secrétaire exécutif. Cette bonne collaboration doit également s’étendre au conseil communal qui pourrait aussi recevoir le compte rendu du secrétaire exécutif. Or, dans la réforme, il semble que le secrétaire exécutif soit totalement isolé du conseil communal dont il assure le secrétariat. L’organe délibérant par excellence doit conserver un droit de regard sur la gestion administrative de la commune. Il est également souhaitable que le maire, à l’issue des évaluations du secrétaire exécutif, puisse avoir la possibilité de mettre fin à son mandat, en cas d’insuffisance de résultats, à partir de sa deuxième année d’exercice.

Dans la plupart des expériences de mobilisation des ressources réussies, les élus communaux ont toujours joué un rôle important. La célèbre « opération marbre » initiée par l’ancien maire de Klouékanmé en est une illustration. Il est donc souhaitable d’envisager, dans quelles mesures, le maire et les élus peuvent intervenir dans ce domaine. Le maire, autorité politico-administrative doit également disposer d’un service de communication. La communication au développement semble bien correspondre aux nouvelles attributions du maire sans oublier celle politique.

Autres points non moins importants

Les faiblesses occultées ou qui ne transparaissent pas dans le document de réforme partagé aux maires concernent essentiellement les ressources humaines, les modalités de promotion de la démocratie et de la participation citoyenne et l’amélioration des mécanismes de reddition de comptes.

Ainsi, le sort du personnel des communes aux profils inadaptés pour la commune reste une préoccupation majeure. Il serait intéressant de créer une passerelle entre la fonction publique territoriale et la fonction publique nationale, facilitant l’absorption par la deuxième du personnel inadapté du premier qui peut être utile à l’Etat. Certains recrutements de l’Etat peuvent céder la place à des transferts de personnel depuis les communes afin d’alléger les charges salariales de la commune.

Aussi, convient-il de noter que la promotion de la démocratie est aujourd’hui reconnue comme un service publique locale qui relève du maire et du conseil communal. Il serait pertinent d’insérer ce service dans l’administration communale comme c’est déjà le cas dans beaucoup de pays.

 

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