Eclairage des villes et communes : Les Béninois prêts à payer la facture sur leur consommation d’électricité !

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(Les accidents se multiplient faute d’éclairage public)

Le dernier accident de circulation qui a couté la vie à l’enfant d’un ancien chef d’Etat du pays suffira-t-il à faire chasser l’obscurité des principaux axes routiers des grandes villes comme Cotonou et Abomey-Calavi ? La question mérite d’être posée car ce qui choque les usagers de ces axes est l’existence de lampadaires en état mais qui ne sont pas allumé à cause de la facture que les communes ont du mal à supporter sur leur budget.

Dans les grognes et sur les réseaux sociaux, les Béninois ont clairement exprimé leur attachement à des routes urbaines éclairées afin de limiter les accidents de circulation lorsqu’on sait que les phares ne suffisent pas à assurer une bonne visibilité en milieu urbain. C’est d’ailleurs pour cette raison que les routes en agglomération sont dotées de lampadaires. La plupart des citoyens qui se sont prononcés sur la question sont prêts à ce qu’une contribution soit facturée à tous les abonnés du réseau Sbee comme c’est le cas dans les autres pays. En Belgique, cette contribution varie selon les consommations mais avec une moyenne de 3 euros environ pour les petits ménages (soit moins de 2000 francs cfa).

Selon l’article 88 de la loi 97-029 portant organisation des communes au Bénin, « Pour les voies qui ne relèvent pas expressément d’autres institutions et organes, la commune a la charge :

  • de la réalisation et de l’entretien des routes, pistes et ouvrages d’art sur son territoire;
  • de la réalisation et de l’entretien des voies urbaines et de leurs réseaux d’assainissement en zones agglomérées;
  • de la signalisation routière ;
  • de la réalisation et de l’entretien des réseaux d’éclairage public ». Du coût les factures d’éclairage public sont adressées à la commune qui ne dispose pas des ressources pour y faire face.

 

Les enjeux de l’éclairage public

 

En France, 9 millions de lampes serviraient à éclairer villes et campagnes, ce qui représente 1.260 MW, soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire, selon Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). L’éclairage nocturne participe à la pointe de consommation d’énergie étant donné qu’il n’est pas permanent. Il nécessite donc l’utilisation de centrales thermiques. Si en 1990, l’éclairage public était estimé à une consommation de 70 kWh par an et par habitant, dix ans plus tard ce chiffre atteignait 91 kWh/an/hbt, soit plus du double de l’Allemagne (43 kWh/an/hbt en 2000).

L’éclairage public est un enjeu majeur dans les domaines de sécurité, de prévention des accidents, d’attractivité d’une commune et participe au bien-être des citoyens. Des rues bien éclairées et des monuments mis en valeur par des illuminations participent à dynamiser la ville et renforcent le sentiment de sécurité. Elles peuvent même devenir un facteur de développement économique : parcours lumière, festivals et autres illuminations festives permettent ainsi d’attirer de nouveaux visiteurs.

Qui paie l’éclairage public ailleurs ?

Dans les pays comme la Belgique, la Côte d’Ivoire, tous les ménages, entreprises et organisations disposant d’un raccordement au réseau électrique contribuent aux coûts de l’éclairage public. Plus la puissance de votre raccordement est élevée, plus la contribution est élevée. Dans certains pays comme la Suisse, des subventions sont mises en place pour faciliter l’éclairage public à l’énergie solaire et avec des lampes économiques comme les LED. Réputées économes en énergies, les LEDs (Light Emitting Diode, ou diode électroluminescente) sont de plus en plus utilisées dans les différentes applications de l’éclairage. Comme l’éclairage scénique, la mise en valeur de bâtiments, les voies piétonnes, et même désormais l’éclairage des voies urbaines de circulation. Réducteurs de puissance, ballasts électroniques, lampadaires éoliens-solaires, mâts en bois…. Les communes optent désormais pour une rénovation de leur éclairage public pour lutter contre la pollution lumineuse et réaliser des économies d’énergies.

Par exemple, à Lille (Nord), dans le cadre de contrat de gestion globale d’éclairage public avec la société ETDE, (filiale de Bouygues, spécialiste en France dans le domaine de la gestion globale de l’éclairage public) incluant les communes Hellemmes et Lomme, la suppression des 1.740  »lampes boules » a permis d’économiser à la collectivité plus de 1,3 millions d’euros par an, depuis 2004. En 4 ans, ce contrat a déjà permis à la ville de réduire sa consommation d’énergie de 34,5 % sur un objectif de 42 % d’ici 2012, a expliqué le 16 décembre dernier Danielle Poliautre, adjointe au Maire de Lille en charge du Développement Durable. De 2004 à 2008, ETDE a ainsi mis en place dans la ville des réducteurs de puissance sur les 150W, installé des ballasts électroniques en 250 W et des lampes de nouvelle génération. La société a également mené des essais de luminaires à LEDs pour éclairer  »la surface utile », pouvant atteindre un rendement énergétique de 90lm/W (lumens par watt) contre 120lm/W pour les lampes à décharges.

Les lampadaires dont les mâts sont en bois auraient une empreinte environnementale plusieurs fois inférieure à ceux en métal, estime une étude dont les résultats sont complétés par un éco-comparateur permettant de visualiser le potentiel écologique d’un projet d’éclairage public. Sur un projet  »classique » de 63 mâts de 5 mètres, en optant pour le mât bois plutôt que le mât métallique, on constate : 14.600 kWh économisés, 335 kg de déchets dangereux en moins, près de 7 tonnes de CO2 compensées, même au Bénin l’expérience montre que là où les mâts en métaux sont régulièrement brisés par les véhicule, qu’en serait-il des mâts en bois ?

Encadré 1

Globalement, la facture énergétique est estimée entre 400 à 500 millions d’euros par an. L’éclairage public constitue pour les communes, 23 % de la facture globale d’énergie et 38 % de la facture d’électricité. Cela représente un coût annuel au point lumineux de 40 à 70 euros, a expliqué Frédéric Delord, directeur de Développement chez ETDE, filiale de Bouygues, spécialiste en France dans le domaine de la gestion globale de l’éclairage public.

Les dépenses liées à l’éclairage public en France représentent 1,2 milliard € hors énergie : 800 millions d’euros sont dédiés aux frais de maintenance et 400 millions liés aux investissements des points lumineux, a-t-il précisé, à l’occasion de la table ronde  »Gestion et enjeux de l’éclairage public dans les communes », organisée par la Cofhuat (Confédération française pour l’habitat, l’urbanisme, l’aménagement du territoire et l’environnement) qui s’est tenue le 3 juin à Paris.

L’éclairage public et les enseignes publicitaires représenteraient ainsi 1 à 2% de la consommation électrique en France soit 4% des émissions de gaz à effet de serre. Si le projet de loi Grenelle 1 vise à réglementer l’excès d’éclairage artificiel la nuit par la mise en œuvre de mesures de prévention, de suppression ou de limitation, le projet de loi Grenelle 2, en matière de risques et santé, prévoit d’intégrer les publicités et les enseignes lumineuses au dispositif législatif encadrant les  »pollutions lumineuses ».

Encadré 2

 

Choisir les leviers techniques

De nombreuses publications réalisées par les Syndicats départementaux d’énergie, l’ADEME ainsi que les réseaux de techniciens apportent aux élus et équipes locales les éléments techniques indispensables à la conduite d’un projet de réduction de l’éclairage public. Ils détaillent notamment les solutions techniques envisageables. Sans prétendre à l’exhaustivité, il nous est apparu important de donner aux élus quelques repères sur les différents leviers techniques.

La réduction de la durée d’éclairage

L’extinction totale de l’éclairage public pendant une partie de la nuit apparaît comme le levier le plus efficace en termes de ratio coût/ économie générée. Il est également celui qui va nécessiter les délibérations et le dispositif d’information le plus complet. L’extinction peut être partielle en n’intervenant que sur une ou plusieurs parties de la commune.

 

L’optimisation des performances de l’installation

Le levier qui permet de générer l’économie la plus importante mais qui nécessite des investissements importants est, bien entendu, le renouvellement du matériel obsolète. La commune peut commencer par programmer le remplacement des lampadaires énergivores et inefficaces sur le plan de l’éclairement; ceux qui génèrent le plus de pollution nocturne étant interdits par les normes européennes à compter de 2015.

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