Editorial: Réforme des collectivités locales pour le développement durable.

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Les enjeux du monde contemporain se déplacent progressivement des Etats vers les collectivités territoriales. Bientôt, les décisions des conseils des ministres et les communiqués qui s’en suivent feront l’objet de moins d’attention hebdomadaire. Par contre, les délibérations des conseils locaux prendront progressivement d’ampleur et d’importance. Même si l’Etat conservera des rôles importants dans certains domaines, le monde prend de plus en plus conscience que l’efficacité des solutions aux grands enjeux de la planète sera l’œuvre des collectivités locales. Dans quelques années, les villes et métropoles qui sont des collectivités territoriales seront au cœur des grands défis du monde. Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Les urbains devraient devenir majoritaires d’ici 2030. D’après les Nations unies, il devrait se situer un peu au-dessus de 60% en 2030. Un million de villes dans le monde, parmi lesquelles 4 231 qui comptent plus de 100.000 habitants. 417 villes de taille moyenne comptent entre 1 et 5 millions d’habitants.  43 villes ont de 5 à 10 millions d’habitants (baptisées « grandes villes » par les Nations unies).  36 mégavilles (plus de 10 millions d’habitants). Elles regroupent 12% des habitants des villes.  1 milliard de personnes vit dans des bidonvilles dans les pays en voie de développement. Cela correspond à un tiers de la population urbanisée dans ces régions. Les 600 villes les plus peuplées produisent environ 60% de la richesse mondiale. Elles hébergent un cinquième de la population mondiale. Une montée d’un mètre du niveau des mers menacerait plusieurs mégavilles, notamment Rio de Janeiro, New York, Bombay, Dhaka, Tokyo, Lagos et Le Caire.

Au Bénin, l’évolution démographique des villes laisse apparaître une agglomération sur près de 60 km, allant de Akpro-Missérété à Ouidah, en passant par Porto-Novo, Sèmè-Kpodji, Cotonou et Abomey-Calavi. Cette conurbation en gestation va générer d’énormes défis d’aménagement et gestion urbaine. Elle va attirer des millions de Béninois, reposer les problèmes de gestion des déchets, de mobilité urbaine, d’accès à l’eau, à l’énergie, à un environnement sain, sans compromettre la disponibilité des ressources pour les générations futures. Ces défis concernent la vie quotidienne des populations et relève donc de l’Etat. Voilà pourquoi, en dépit des bonnes intentions du Grand Nokoué,  il urge de mettre ces collectivités locales en intercommunalité afin de leur permettre d’élaborer des plans d’ensemble de gestion durable de cet espace urbain. L’UEMOA et la CEDEAO envisage même plus. Une conurbation qui quitte Lagos pour Abidjan en longeant les côtes béninoises, togolaises et ghanéennes. Autant de défis qui interpellent les Etats mais encore plus les collectivités locales qui doivent s’organiser dans les espaces communautaires pour faire face à ces enjeux des décennies à venir. C’est juste de la prospection municipale et de la coopération décentralisée. Le Bénin devrait réformer les collectivités locales afin de les aider à se préparer à ces défis. Au-delà des villes, le Bénin en cours de réformes devrait faire des collectivités territoriales le cadre unique de territorialisation des politiques publiques, de sorte que les communes et les citoyens soient au cœur de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation de ces politiques. En matière d’orientation, de normes et de suivi-évaluation, le gouvernement aura la part du lion. Les compétences territorialisables reviennent aux collectivités locales en vertu du principe de subsidiarité et l’Etat gère les grandes infrastructures, les structurantes et celles qui déterminent les aménagements régionaux. Ce n’est qu’à ce prix que le Bénin gagnera le défi du développement durable.

Malgré la solennité de ces rencontres au sommet qui réunissent les Chefs d’Etat et de Gouvernement, elles n’ont pas assez d’impact sur la vie de nos populations davantage tributaire des décisions des autorités locales. Les enjeux du monde se déplacent des Etats et des gouvernements centraux vers les  collectivités locales. Que ce soit la lutte contre le changement climatique, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, le règlement des problèmes quotidiens des populations, les collectivités locales semblent de plus en plus outillées que les gouvernements centraux pour apporter des réponses adéquates. Des villes comme Paris, New-York, Montréal, Londres concentrent déjà autant de compétences que les Etats, en dehors de celles liées à la monnaie et à la défense. Des villes comme Bristol ont démontré que les monnaies complémentaires dans les communes résistent davantage aux crises que les monnaies des Etats. Les communes s’illustrent dans la diplomatie municipale sans hypocrisie et empreinte d’une vraie solidarité.

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